Ordre des discours et discours d’ordre

Auteur de l'article: Tony Ferri
Date de publication dans la revue: 25/05/2014

Dans le domaine de la recherche universitaire, et tout particulièrement dans le champ pénitentiaire, il est frappant de constater qu’il existe un ensemble foisonnant d’études plus ou moins remarquables, plus ou moins abouties et plus ou moins variées portant sur la prison

Autant dire que, tant que les chercheurs ne se résolvent pas à se mettre littéralement dans la peau des sujets qu’ils étudient (les prisonniers, les personnels pénitentiaires), à s’effacer derrière la voix des condamnés et des praticiens, à « habiter » les espaces dont ils traitent et que définissent la prison, le domicile des condamnés, toute mesure ordonnée par l’autorité sanctionnatrice, à s’approprier le rôle et les missions de l’un ou de l’autre corps des métiers pénitentiaires, à remplir les tâches quotidiennes qui lient les personnels à une fonction précise et à une identité professionnelle particulière, à entretenir journellement les relations avec les partenaires institutionnels et associatifs, ainsi qu’avec l’autorité judiciaire (juges de l’application des peines, substituts du procureur, juges des enfants…), bref à s’identifier un tant soit peu aux sujets dont ils parlent et à s’éprouver au long court comme détenus ou comme acteurs de terrain, il y a alors tout lieu de penser qu’ils manqueront toujours le sujet qu’ils se proposent d’étudier et que le résultat de pareille étude, qui ne s’est pas méticuleusement nourrie de l’expérience de l’enfermement et de la subjectivité des acteurs d’ « en bas », est promis à deux écueils, à savoir :

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